Prise de terre

La Chassagnette

Cachée sur la route du Sambuc, reliant Arles aux Salins de Giraud, La Chassagnette (1 étoile au Michelin) est l’un des restaurants les plus réjouissants où j’ai pu déjeuner. L’année dernière, j’étais installée sous la tonnelle, savourant les saveurs estivales d’une cuisine teintée de fraîcheur et de créativité. Le cadre sublime m’avait totalement renversée : un mas bordé d’un jardin fleuri où sont cultivés presque tous les légumes et fruits servis. Un calme total pour s’attabler sur les grandes tables d’hôtes, entendre le bruit des pas sur le gravier, le chant des cigales et déguster une cuisine d’auteur, pensée par le grand Armand Arnal (ancien d’Alain Ducasse, ayant pris notamment les commandes de son restaurant New Yorkais).

Cette année, petit changement et aller-retour en Camargue pour déguster le menu unique servi le jour de la fête des mères. (La mienne avait eu la présence d’esprit de me faire venir en m’alléchant au téléphone par cette proposition, que je ne pouvais bien évidemment refuser. Damned it !).

Le mauvais temps nous a contraintes à s’installer dans la grande salle à manger. Un lieu changeant pour une expérience différente de celle de l’an passé. Le cadre rustique mais pas figé m’a séduite. Même principe de grande table que l’on partage sans être collé. Verres dépareillés, matières végétales et brutes : la déco me rappelle la nouvelle vague suédoise comme le restaurant Saturne.

En amuse bouche, le Gaspacho de betterave, coriandre et cerise : surprenant et réjouissant. Coloré et vif, cette soupe fraiche réveille et nettoie le palais avec douceur et notes acidulées. Beau comme un tableau.

Arrivent ensuite trois entrées à partager. Posées sur la table, on contemple les plats avant de s’attaquer au vif du sujet…

Fèves du jardin, gingembre & simiane, écrevisses sauvages de Camargue : WOUA-OUH ! Une explosion en bouche. Les notes végétales des fèves fraîches se marient avec les écrevisses cuites à point, légèrement relevées, et au gingembre tonique. Ca se bouscule, ça réveille. On entre déjà dans le vif du sujet.

Haricots verts croquants & menthe, gravalax d’Angus en aigre doux : pour tout dire, ce fut un peu la confusion. La délicatesse du produit n’a pas été retrouvée. Masquée par différents assaisonnements, la saveur des haricots verts avait totalement disparu. La sauce aigre douce était très relevée et on s’est vraiment senties perdues au milieu de tant de choses. Quand les produits deviennent reconnaissables par leur texture mais plus pour leur goût, c’est qu’il y a un beug.

Asperges vertes du pays, poutargue et caillé de chèvre : une entrée qui joue sur les contrastes doux-amer pour terminer le premier tour en fraîcheur. La Poutargue a électrisé une entrée sage, les pissenlits ont mis un sérieux coup du boost sur l’amertume. Fraîcheur et gourmandise. Tendresse des asperges, caillé de chèvre délicat : la simplicité maîtrisée.

Daïkon & petits pois glacés au cresson, sandre du Vaccarès braisé. Plat confortable et aérien. Le radis chinois, ressemblant fort à du navet, apporte de la douceur. Les petits pois frais seraient à picorer du bout des doigts, tels des gourmandises de luxe par leur saveur sucrée. Le poisson est cuit à la perfection : des accords qui ne déroutent pas mais transportent. Bien vu.

Abricot "Bourdalou", crème glacée amande. Comment dire… La Chassagnette arrive presque toujours à me tirer une larmichette : et là, ce dessert me hante depuis 10 jours. C’est À CAUSE de lui si je suis dans une obsession Abricot.. (et que je m’essaye à de sombres ersatz depuis Paris, pauvre de moi). Bref. Des abricots sucrés et juteux, à point, légèrement rôtis, sur un biscuit aux amandes très fin et moelleux, avec une crème glacée parfaite et délicate (exit le flacon d’arôme amande, vu ?). Les accords fonctionnent à la perfection et donnent envie de lécher l’assiette. Ah bon ? Ca continue encore ? Bon, ok, on va se garder alors un minimum de dignité.

Coupe Mara des bois et son sorbet fraise. Comme toujours, le hic avec les desserts à la fraise, c’est la justesse du sucre. A mon goût, il y en avait un peu trop dans les fraises. Le sorbet se suffisait à lui même pour apporter la touche "bonbon" de ce dessert. Avec sa meringue toute mimi (qui fondait en bouche à la vitesse de l’éclair), on se délecte, on est en plein dans la saison et on se laisse retourner comme une crêpe. Plaf.

Une chose qui n’a pas changé : ce sont ces mini cookies servis en fin de repas. Véritable pépite, tu me nargues fièrement en pariant que je suis incapable de faire de toi plus d’une bouchée. Faux ! Je t’ai dégusté jusqu’à la dernière miette et avec calme, ô toi, bombe beurrée, aux pépites de chocolat et à la fleur de sel – et ce, même si l’issue reste fatale, qu’importe le mode opératoire : petit cookie, sur mes hanches dans 3h tu te nicheras. Grumplf.

Le prix de ce menu : 85 euros, soit le prix d’un brunch très médiocre au Trianon Palace ou d’un bon déjeuner chez Thoumieux. Certes pas donné, mais ce n’est pas parce que c’est en bord de route que c’est un routier.

Hyphen Hyphen

Dans cette explosion de couleurs, le groupe Hyphen Hyphen se décolle du paysage musical et éclate enfin. Originaire de Nice, les quatres ex-lycéens, propose une musique à l’image de l’expérience ci-dessus : des variations, des mélanges (électro rock, teinté de lyrique), des belles envolées et un son l’état brut. Leur rapport à la musique touche, parce qu’il est sincère et peu calculé. Baby Baby Sweet Sweet est leur premier titre de leur précédent EP "Chewbacca, I’m your mother" (cela va sans dire, je suis UBER fan rien qu’en lisant le titre).

Leur look, leur façon de mêler électro et sonorités naturelles, presque tribales me rappellent les débuts de MGMT. Les Hyphen Hyphen se maquillent, s’habillent et jouent comme s’ils allaient dans un combat, une lutte passionnelle où leurs cris se déchirent sur scène. Une énergie dingue se dégage de ce quatuor et ils ont taillé des pépites sonores à multiples facettes que j’écoute en boucle depuis des jours. Le clip tourné dans leur studio de répétition est un jeu de matières, de lumières, du teenage Pollock en mode warrior. On prend clairement le jus avec ces mecs là, on se laisse totalement électriser et ébouriffer, sans être relié à la prise de terre pour amortir les dégâts. Ils iront loin, aussi loin que leurs clips semblent être d’une autre planète.

La Chassagnette – Le Sambuc – 13200 ARLES / 04 90 97 26 96
Hyphen Hyphen "Baby Baby Sweet Sweet"- Chewbacca, I’m Your Mother, 2011.

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